L’Inde, qui assure 80%
de la sous-traitance informatique mondiale, ne joue pas le jeu de son côté
: c’est un pays très protectionniste !
A la tête d’un groupe de pays émergents,
l’Inde a refusé d’ouvrir certains de ses
marchés à la concurrence (agriculture, sujets de Singapour...)
lors de la conférence de Cancun, ce qui a provoqué
l’échec des négociations.
Le lobbying de l’Inde en faveur de
l’offshore outsourcing (délocalisations informatiques) ne fait que s’amplifier
auprès des puissances occidentales, en particulier auprès de l’UE
et de la France (avec certains relais politiques au sénat notamment, tel
que le forum d’initiatives franco-indien).
A lire : L’Inde
vante les délocalisations de services informatiques... en Inde (Libération
05/12/03)
L’Inde réclame ET OBTIENT dans le
cadre des négociations "multilatérales" ( ?) de l’AGCS
(à lire : AGCS, les demandes de l’Inde à l’OMC) la plus grande
ouverture possible des marchés américains et européens de
services (essentiellement informatiques)...et fait preuve parallèlement
d’un protectionnisme croissant sur ses propres marchés ! Mais la question
mérite finalement d’être posée : qui a tort, qui a raison
dans l’histoire... ?
L’UE ne fait que renforcer ainsi le modèle inégalitaire du développement
sur lequel reposent l’offshore et l’onshore.
Il reste à espérer maintenant que les Etats-Unis
et l’Europe sauront tirer les conséquences de ce protectionnisme radical
de l’Inde affiché pendant la conférence de Cancun ainsi que des
conditions persistantes de la guerre
monétaire.
Rien n’est moins sûr du côté de Bruxelles...
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Article Le Temps : L’Inde érige en « triomphe » l’échec du sommet de l’OMC
(Richard Werly, New Delhi, Mercredi 17 septembre 2003)
Extraits :
"En contribuant à bloquer les négociations
de Cancun et en érigeant l’Organisation mondiale du commerce en bouc émissaire,
New Delhi porte aussi un coup aux réformes en cours. La tendance est
au protectionnisme face à une concurrence étrangère,
surtout en provenance de Chine, qui fait de l’ombre aux groupes locaux."
"La presse indienne s’est trouvé un nouveau héros. Présenté
comme l’un des architectes de l’échec « cinglant », dimanche,
du sommet de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) à Cancun, le négociateur
indien Arun Jaitley est devenu le symbole de la « résistance économique »
dont les actuelles autorités de New Delhi ont fait leur mot d’ordre..."
"Dans le débat sur l’OMC, le silence des ténors indiens
du secteur en plein boom de l’informatique n’est bien sûr pas dû
au hasard. Le débat, du côté non agricole, a été
monopolisé par la très conservatrice et très clanique Confédération
de l’industrie indienne, représentante du patronat traditionnel. Les nouveaux
magnats de l’informatique, qui surfent sur les délocalisations de services
en provenance des pays riches vers Bangalore, Bombay ou Chennai (Madras), ne
se sont, eux, guère exprimés..."
A propos du protectionnisme de l’Inde...
Instructif : voir le pdf de cette fiche
de synthèse du Ministère de l’économie, des finances et
de l’industrie - Direction des relations économiques extérieures
Extraits :
" En
matière d’accès au marché pour les produits non agricoles,
l’Inde se caractérise encore par des droits de douane élevés (+ de 30 % en moyenne sur la période 1997-2001).
Sur son propre marché (NDLR : des services), l’Inde est peu ouverte
: elle n’a accepté d’engagements, souvent limités,
que dans 33 sous-secteurs sur les 161 existants. Très généralement,
ces engagements sont une simple consolidation de législations déjà
en vigueur. Il n’est cependant pas exclu que, compte tenu de son intérêt
renouvelé pour la libéralisation des services à l’étranger,
l’Inde fasse un geste, au moins en consolidant au niveau multilatéral
certaines mesures de libéralisation déjà décidées.
En ce qui concerne les règles des négociations commerciales,
l’Inde défend des positions attachées à la souveraineté
nationale, que ce soit par sa prudence dans le domaine du règlement des
différends ou par ses positions sur la réforme de l’accord
antidumping. Elle est traditionnellement opposée à l’ouverture
de discussions multilatérales sur les sujets dits de Singapour (investissement,
facilitation du commerce, concurrence et transparence des marchés publics),
même si une certaine ouverture a pu sembler se dessiner récemment. Enfin, elle est l’un des adversaires les plus décidés
à l’ouverture dans le cadre de l’OMC de discussions sur les
liens entre commerce et environnement ou normes sociales."
A lire :
OMC
- Malgré la demande de Robert Zoellick (Etats-Unis), l’Inde refuse d’ouvrir
son marché agricole (16/02/2004)
L’Inde est aussi un pays extrêmement bureaucratique
ce qui rend particulièrement difficile la possibilité pour une
entreprise étrangère de pouvoir s’y implanter.
Il est tout aussi difficile voire impossible pour un informaticien étranger
d’aller exercer dans ce pays malgré leur pénurie de ressources
IT... ! (Cf.
cet article)
Enfin, l’Inde comme à être attaquée à l’OMC sur les
régles anti-dumping (Cf. L’UE
saisit l’OMC contre les restrictions indiennes à l’importation, EU
complains to WTO about India).
A noter également l’ouverture des syndicats indiens pour un dialogue avec
les syndicats européens (Cf. article
Courrier International)
L’Offshore repose sur un modèle
INEGALITAIRE du développement.
Dans ces pays émergent
comme l’Inde ou la Chine, c’est justement parceque l’immense majorité
de la population vit dans la pauvreté (admise en Inde avec le système
des castes) que le niveau général des prix y est aussi bas, que
la monnaie y est volontairement aussi faible...et que le secteur high-tech y
est aussi compétitif...
Tandis que la stratégie
chinoise repose sur le maintien, musclé, de la stabilité d’un pays
dont une partie décolle tandis que l’immense majorité demeure dans
le dénuement, l’Inde
le pourra-t-elle avec ses 300 millions de miséreux (qui disposent de moins
de 1 dollar par jour) et ses enfants mal nourris et illettrés (un sur
trois) ? Avec ses 250 millions de familles d’agriculteurs qui vivent de rien
?
Voir
cet article de Alternatives Economiques de Décembre 2003 : une
spécialisation sur fond d’inégalités (dossier complet
: http://www.alternatives-economiques.fr/site/220_003.html)
Ce modèle inégalitaire du développement
est renforcé par le maintien d’une guerre
monétaire entre pays riches et pays émergent.
De plus l’offshore bénéficie surtout
à des intérêt financiers minoritaires au détriment
de l’affectation des ressources à la modernisation et au développement
de ces pays émergent.
PRINCIPAUX LOBBIES INDIENS DANS LES NTIC :
http://www.nasscom.org/
http://www.ciol.com/
http://www.ciionline.org/
http://www.cii-eu.org/
Annexes, à lire :
Délocalisations et...guerre monétaire internationale