Le dernier bilan publié par l’Internet Crime Complaint Center (IC3) du FBI confirme une montée continue de la cybercriminalité : en cinq ans, le coût annuel pour les États-Unis est passé de 4,2 à 20,9 milliards de dollars, et 2025 s’annonce déjà comme une année record. Ces chiffres ne sont pas que des statistiques — ils traduisent des risques financiers et humains concrets pour particuliers, entreprises et infrastructures.
Un flux inédit de plaintes
Pour la première fois, l’IC3 a traité plus d’un million de signalements en une année, soit près de 150 000 de plus que l’exercice précédent. Selon Jose Perez, responsable des opérations pour la cybercriminalité au FBI, cela représente aujourd’hui une moyenne de quelque 3 000 plaintes par jour.
La montée des signalements reflète à la fois une augmentation des attaques et une plus grande propension des victimes à déclarer les faits. Pour les analystes, cette double dynamique complique la priorisation des enquêtes et la réponse opérationnelle des forces de l’ordre.
Où vont l’essentiel des pertes
Les fraudes à l’investissement restent la première source de pertes, avec environ 8,65 milliards de dollars disparus. La compromission de messageries professionnelles (business email compromise) suit à 3,05 milliards, puis les arnaques au support technique à 2,1 milliards.
Autre élément transversal : la cryptomonnaie tient un rôle central. Le rapport attribue près de 11 milliards de dollars de pertes à des escroqueries impliquant des actifs numériques, illustrant la difficulté à retracer et récupérer des fonds engagés dans des circuits décentralisés.
Les personnes âgées en première ligne
Les plus de 60 ans représentent une part disproportionnée des pertes : 37 % du total, soit environ 7,75 milliards de dollars et 201 000 plaintes l’an dernier. Les attaquants exploitent des profils souvent moins à l’aise avec les outils numériques et plus isolés socialement.
Le FBI met en garde contre une tactique récurrente : la création d’un sentiment d’urgence destiné à court-circuiter la réflexion critique des victimes.
- Pression pour autoriser une transaction immédiatement.
- Alerte sur une soi-disant compromission de compte demandant un accès rapide.
- Mise en scène d’un proche en danger nécessitant une aide financière immédiate.
Dans tous les cas, l’objectif est le même : empêcher la victime de vérifier l’information avant d’agir.
L’intelligence artificielle, nouvel outil des escrocs
Le rapport consacre pour la première fois une section aux fraudes assistées par intelligence artificielle. Les techniques décrites vont du clonage vocal à la création de documents falsifiés et de vidéos truquées représentant de faux dirigeants en situation critique.
Ces méthodes ont généré près de 900 millions de dollars de pertes en 2025. Si ce montant reste inférieur à celui des fraudes à l’investissement, il est surtout révélateur d’une évolution rapide : des techniques quasi inexistantes il y a quelques années sont désormais largement utilisées.
Ransomware : fréquence élevée, pertes concentrées
En 2025, les autorités ont enregistré environ 3 600 signalements de ransomware, correspondant à des pertes déclarées de 32,3 millions de dollars. Parmi les variantes les plus actives figurent Akira, Qilin, INC, BianLian et Play.
Tous les secteurs d’infrastructures critiques (16 catégories au total) ont été touchés au moins une fois, avec une incidence marquée sur la santé, l’industrie manufacturière et les services financiers — des secteurs où l’arrêt d’activité a des conséquences immédiates et lourdes.
Quelles conséquences pour le public et les entreprises ?
La montée des attaques modifie l’écosystème de la cybersécurité : budgets accrus, besoins en détection rapide, et importance d’une réponse coordonnée entre entreprises et autorités. Pour le grand public, le signal le plus clair est la nécessité d’un scepticisme systématique face aux sollicitations urgentes et non sollicitées.
En pratique, quelques mesures simples peuvent réduire l’exposition : vérifier toute demande par un canal indépendant, limiter les transferts d’argent vers des comptes non vérifiés, et signaler rapidement les escroqueries à l’IC3 pour contribuer aux enquêtes.
Le rapport du FBI confirme une tendance lourde : les techniques évoluent vite, et l’arsenal des attaquants s’enrichit de l’IA et de nouveaux vecteurs. La vigilance individuelle et la préparation organisationnelle restent les meilleures protections face à une menace qui ne cesse de se complexifier.
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Journaliste high-tech depuis 8 ans, Maxime est expert en actualités et en tendances du marché des logiciels et des applications.