Mardi, le New York Times a publié le résultat d’une enquête d’un an qui désigne Adam Back, cryptographe britannique et dirigeant de Blockstream, comme le candidat le plus plausible pour être Satoshi Nakamoto. Si l’hypothèse se confirmait, elle éclaire d’un jour nouveau l’origine de Bitcoin — et soulève immédiatement des enjeux de sécurité, juridiques et financiers liés à un portefeuille estimé à 1,1 million de bitcoins (plus de 118 milliards de dollars au cours actuel).
Un profil connu des spécialistes
Adam Back n’est pas un inconnu: inventeur de Hashcash, il a publié des travaux fondamentaux utilisés plus tard dans le protocole Bitcoin et dirige aujourd’hui une entreprise reconnue dans l’écosystème. Selon le quotidien, Back a été placé sous la loupe après la diffusion en 2024 d’un documentaire qui a ravivé des soupçons déjà anciens.
Interrogé publiquement, il a nié être l’auteur du livre blanc de 2008. Le New York Times soutient pourtant que plusieurs éléments convergent vers lui — sans présenter de transaction irréfutable liant Back aux premières clés de Satoshi.
Une enquête fondée sur la linguistique et l’archivage
John Carreyrou, journaliste réputé pour son démantèlement de Theranos, a mené cette investigation en combinant méthodes traditionnelles et analyses plus techniques. Plutôt que de s’appuyer sur une photo ou un virement, il a cherché des empreintes moins visibles: tournures de langue, habitudes d’écriture, et traces dans des listes de diffusion et des métadonnées.
- Repères linguistiques: correspondances entre certaines expressions récurrentes et la façon d’écrire du créateur de Bitcoin (mélange d’orthographe britannique et d’anglicismes américains).
- Connexions techniques: l’utilisation de Hashcash, inventé par Back, comme source d’inspiration pour le mécanisme de minage de Bitcoin.
- Archives publiques: recoupements dans des listes Cypherpunk, échanges de courriels et publications anciennes.
- Métadonnées: éléments chronologiques et techniques extraits de communications publiques qui, selon l’enquête, s’alignent avec l’activité présumée de Satoshi.
- Absence de preuve financière directe: aucune clé privée ou transfert probant n’a encore été produit pour clore le débat.
Pourquoi la prudence reste de mise
Reconnaître publiquement la paternité de Bitcoin aurait des conséquences immédiates: la personne identifiée deviendrait une cible d’intérêts étatiques, d’attaques criminelles ou de pressions diverses, d’où une forte incitation à la dissimulation. De plus, la valeur colossale correspondant aux premiers blocs minés explique en partie le silence persistant.
Sur le plan journalistique, la méthode de Carreyrou — mêlant recherches d’archives et analyse linguistique médico-légale — renforce la crédibilité de son dossier. Mais la communauté scientifique et juridique exige des preuves matérielles, et celles-ci font encore défaut.
Conséquences possibles
Voici ce que la révélation, même partielle, pourrait entraîner dans les semaines et mois à venir:
- Une réévaluation historique de la genèse de Bitcoin et des influences techniques qui ont façonné son protocole.
- Des questions juridiques autour de la propriété et de la responsabilité en cas de transfert ou d’accès aux fonds associés aux premières clés.
- Une attention accrue des régulateurs et des États sur les acteurs majeurs de la crypto, notamment ceux liés à Blockstream.
- Un débat renouvelé sur la protection de l’anonymat des pionniers technologiques confrontés à des enjeux financiers colossaux.
En l’état, l’enquête du New York Times ajoute des pièces substantielles au puzzle mais ne clôt pas le dossier. Le mélange d’indices linguistiques, techniques et documentaires rend la thèse plausible; néanmoins, sans preuve irréfutable, l’identité de Satoshi Nakamoto demeure une question ouverte, susceptible de nourrir encore de longs débats publics et judiciaires.
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Journaliste high-tech depuis 8 ans, Maxime est expert en actualités et en tendances du marché des logiciels et des applications.